Autisme, AVC… Deux ergothérapeutes nous ouvrent les portes de leur profession

By | 2 juin 2020

À l’occasion de la Journée mondiale de l’ergothérapie le 27 octobre, nous avons rencontré Pauline et Céline, ergothérapeutes à Montreuil (93). Enfants précoces, atteints d’autisme et patient victime d’AVC… Elles nous font découvrir leur profession.

Source : https://www.femmeactuelle.fr/sante/sante-pratique/autisme-avc-deux-ergotherapeutes-nous-ouvrent-les-portes-de-leur-profession-2071106

Dring”. En ce début d’après-midi du lundi 15 octobre, la sonnette de l’école primaire Marcelin Berthelot à Montreuil tinte. Signe qu’il est l’heure pour les écoliers de retourner en classe. Dans la cour, les élèves délaissent l’amas qu’ils formaient pour se mettre en rang devant leur professeur.

Comme tous les lundi, Thomas* reste en dehors de la lignée que forme ses camarades de CM1. Il attend Pauline, son ergothérapeuthe qu’il connaît depuis un an. L’ergothérapie est une profession paramédicale qui aide les patients atteints de divers problèmes de santé à développer leur autonomie.

Assis l’un à côté de l’autre derrière le bureau de l’infirmerie, ils débutent la séance avec de la méthodologie. La semaine passée, l’ergothérapeute a observé le travail de Thomas en classe. Le petit garçon est précoce. Ses capacités intellectuelles et relationnelles sont sur-développées au détriment de ses capacités motrices. L’enfant présente également des problèmes de concentration. Il a du mal à écrire lisiblement, à rester focalisé sur un exercice pendant plusieurs minutes et à organiser sa pensée, son travail.

Viennent ensuite les activités. Debout, la spécialiste lance une balle à Thomas. Celui-ci doit la rattraper à l’aide d’une seule main. Cet exercice permet de travailler ses réflexes moteurs. De retour au bureau, elle lui demande de raconter, par l’écrit, la suite d’une histoire. Objectif : perfectionner l’écriture et rester concentrer 8 minutes, chrono en main.

L’ergothérapeute étudie aussi la mise en place de logiciels spécifiques suivant les difficultés rencontrées. La fin de la séance s’effectue sur un ordinateur avec un jeu. Thomas doit évincer des kaméléons dont le ventre est marqué d’une lettre. En appuyant sur la touche correspondante, l’enfant apprend à se servir rapidement et efficacement du clavier, ce qui lui sera utile au collège.

L’écriture des cours est plus rapide dès la sixième, j’apprends à Thomas à employer un ordinateur pour qu’il puisse taper ses leçons au même rythme que ses camarades”, explique l’ergothérapeute. L’objectif est de lui apprendre à utiliser la machine de façon autonome et efficace en classe car il reste fatigable et son écriture se dégrade dans le temps. Ceci permettra aussi de compenser ses difficultés attentionnelles.

Après une heure de séance, Pauline est très contente. La concentration de son patient était “parfaite” et son écriture “lisible”. Il est temps de regagner la classe où Thomas rattrape la leçon en cours.

Un apprentissage étape par étape

14h45. De retour à son cabinet, rue Edouard Vaillant, Pauline laisse rapidement tomber sa veste sur la chaise et accueille le patient suivant. Liam, atteint d’autisme, a besoin d’elle pour apprendre en autres à écrire et gagner en indépendance dans les activités de la vie quotidienne (faire ses lacets, manipuler des objets, se laver seul). Et la première étape consiste à travailler la motricité fine, utile pour tenir un stylo, des ciseaux mais aussi une fourchette et un couteau.

Pour maîtriser le manuscrit étape par étape, il s’exerce d’abord à réaliser une série de boucle à l’enver et à l’endroit. Ce n’est pas facile pour le jeune garçon. Il doit porter son regard sur sa main et se concentrer sur son action, tenir son stylo de sorte à créer des lettres. Pour l’aider, Pauline l’a muni d’un petit bracelet qui entoure son poignet et maintient le crayon dans la main.

Après chaque séance, l’ergothérapeute consacre quelques minutes aux parents. Elle leur raconte le déroulé des exercices, ce que l’enfant a réussi et ce dont il a encore besoin de travailler. Le père de Liam habite dans le quartier, mais certains parents peuvent faire jusqu’à 1h30 de route pour venir voir Pauline.

C’est le professionnel de santé qui fixe le montant de ses honoraires. Chez Pauline et ses deux autres collègues, les séances d’ergothérapie coûtent entre 45 et 57€* et ne sont généralement pas remboursées par l’Assurance maladie. Certaines caisses, mutuelles, assurances ou encore Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) peuvent prendre en charge une partie du financement.

“C’est moins facile qu’il n’y paraît”

L’ergothérapie ne sert pas qu’aux enfants. Céline, une collègue de Pauline, suit depuis un an Mr Frank, victime d’un accident cérébral vasculaire (AVC) en 2014. Elle se rend toutes les deux semaines à son domicile. L’homme a perdu, suite à son accident, toutes motricités du côté droit, une partie de son champs de vision et présente un trouble du langage avec un manque du mot.

Grâce à ses séances d’ergothérapie combinées à celles d’orthophonie et de kinésithérapie, Mr Frank a retrouvé la majorité de ses capacités. Jeux de fléchettes, dessins… Les exercices permettent au patient de travailler son bras droit, qu’il peine encore à utiliser dans sa vie de tous les jours. “C’est moins facile qu’il n’y paraît”, avoue Mr Frank. Étirer le bras peut lui causer des douleurs et le travail de mémoire lui demande parfois quelques minutes de réflexion. Mais jamais il ne se décourage. Après un an de suivi avec Céline, il l’assure : “ça va beaucoup mieux”.

*Tous les prénoms ont été changés.

Merci à Pauline Descamps et Céline Lamenie pour leur accueil. Retrouvez-les auprès du SYNFEL, réseau des ergothérapeutes libéraux et sur le site Mouv’ergo.